lundi 26 octobre 2009

La loi Carle a été votée : elle préfigure le chèque-éducation

La loi Carle a été votée le 28 septembre. Elle contient une disposition qui va obliger les communes à financer les écoles publiques ET privées accueillant des enfants venant d'autres communes. C'est une aggravation de la loi Debré qui limitait l'obligation des communes aux écoles situées sur leur territoire. Seul comptera le choix de la famille ; les Maires n'auront aucun avis à formuler, ils n'auront qu'à payer.

La loi Debré respectait, d'une certaine manière, l'idée de service public de l'éducation. Avec la loi Carle, on propose une relation commerciale entre l'usager et l'établissement scolaire. La nouvelle loi fait primer la logique marchande sur la logique de service public, l'intérêt particulier sur l'intérêt général.

La loi Carle représente une étape vers un libre marché scolaire avec l'attribution d'une sorte de chèque-éducation, ce chèque-éducation cher au Front National.

La loi Carle inscrit dans le droit positif, pour la première fois, une obligation de financement liée à la « liberté d'enseignement », ce qui semble peut compatible avec la Constitution. Autre aspect particulièrement contestable : la « parité » entre enseignement public et privé. Mais voilà : les recours déposés devant le Conseil Constitutionnel n'ont pas abouti.

Elle va favoriser la scolarisation dans les écoles privées ; elle va permettre de financer une concurrence inutile et néfaste entre enseignement public et enseignement privé.
Comme le disent Muriel FITOUSSI et Eddy KHALDI (Main basse sur l’école publique, Demopolis, 2008) : " Nanterre paiera pour Neuilly" ! La banlieue paiera pour la ville, les communes rurales seront pénalisées avec un risque fort d’exode scolaire.

La loi Carle va faire augmenter les dépenses d’éducation des communes. Sauf dans les communes où on renoncera à investir dans une construction scolaire, parce que rien ne garantit que la fréquentation sera au rendez-vous !
Sauf lorsque les communes et collectivités locales refuseront de financer les dépenses facultatives des établissements privés.

jeudi 22 octobre 2009

Le lycée entre démocratie et élitisme

En présentant la création des lycées en 1802 comme un acte signifiant « la fin des privilèges de naissance » le Président de la République ne signale qu'une partie de la réalité historique. Rappelons le contexte et quelques autres éléments non moins significatifs.

La loi du 11 floréal an X clôt le débat ouvert en 1789 pour trouver le meilleur moyen d'assurer l'instruction des futurs citoyens et l'éducation de la Nation, selon le vocabulaire de l'époque. Bonaparte règle ce débat en laissant de côté l'éducation de tous et en décrétant que le rôle de la Nation est de former les cadres de la Nation, et bientôt de l'Empire.

L'idée ne sera pas fondamentalement mise en cause par la Restauration, ni par les régimes suivants, puisque l'enseignement primaire qui se constitue sous la Monarchie de juillet va se développer (et avec quel succès après Jules Ferry) complètement à part de l'enseignement secondaire. Il faut attendre le Front populaire pour que les timides rapprochements réalisés sur le terrain évoluent vers « l'école unique » réclamée depuis plusieurs années. Mais les traces concrètes de la triple filière (enseignement primaire, enseignement secondaire, enseignement technique) subsistent jusqu'aux débuts de la V° République et peuvent expliquer la résistance de l'institution à devenir un lycée pour tous !

Si le Lycée d'aujourd'hui peut s'enorgueillir d'intentions démocratiques qui l'ont fait naitre, il lui reste aussi des traces des objectifs élitaires du lycée de Napoléon. Dire que le Lycée en est prisonnier serait lui faire un mauvais procès, mais lui donner uniquement les qualités -démocratisation- de ces mêmes intentions est également illusoire.

En fait, le lycée d'aujourd'hui est tiraillé entre plusieurs tentations : espace de diffusion au plus grand nombre de la culture classique, marchepied pour accéder aux grandes écoles, lieu de diffusion d'un enseignement « secondaire » (mais cette notion n'est guère comprise que par les professionnels de l'éducation), lieu de bachotage (c'est-à-dire d'entrainement systématique au passage du baccalauréat), voie de garage pour achever son adolescence, ... Ces ambivalences sont sources d'incompréhensions permanentes chez les lycéens.

Plus préoccupant : le lycée étant le passage nécessaire à l'obtention du diplôme-phare, le bac, il devient le modèle et/ou l'objectif de tous les niveaux d'enseignement : collège, école élémentaire, voire école maternelle et enseignement supérieur, ce qui est une manière de nier la spécificité de chacun de ces moments de la scolarité, et qui en perturbe la compréhension dans le public. Les réformes peuvent apporter des solutions techniques pour sortir de cette situation,surtout s'il s'agit de réformes de fond et non de retouches marginales. Mais seul un vrai débat public, permettra de trouver un accord sur la fonction du Lycée dans la République.

mardi 2 décembre 2008

L'Education Nationale se replie sur des missions de plus en plus étroites.
Dernier exemple : des mesures budgétaires diminuant très fortement les aides de l’Etat aux associations complémentaires de l'école publique vont asphyxier la vie associative qui se développe à la périphérie de l'enseignement public et qui est une richesse pour notre système éducatif.

C'est une décision qui va à l’encontre de l’intérêt de tous les enfants qui bénéficient de l'intervention des associations, en particulier les plus défavorisés, ceux qui pour qui l'accès aux activités socio-culturelles est difficile.
Pour les parents et les enseignants, ce sont des lieux de rencontres et des occasions de collaboration qui vont disparaître. L'école publique va se refermer sur ses missions « fondamentales » et s'éloigner un peu plus de la population.

Par leur attachement aux valeurs républicaines, les organisations complémentaires de l'école publique diffusent les principes laïques qui favorisent le vivre ensemble, et travaillent à l’égalité des chances entre les enfants et entre tous les citoyens. Cela devrait suffire pour que l'aide que leur apporte le Ministère de l'Education Nationale leur soit intégralement rétablie.

mardi 26 août 2008

La « masterisation » des enseignants

Le délicat problème de la formation des Maîtres va-t-il trouver sa solution avec sa disparition ?
Dès la rentrée 2010 les enseignants du premier et du second degré seront recrutés à l'issue d'un master. Ce recrutement non plus avec une licence mais avec un master permettra un alignement sur les principaux pays européens (qui ne connaissent ni concours, ni fonction publique enseignante) et une revalorisation du début de carrière.
En l'état actuel du projet (selon la présentation présidentielle et ministérielle), c'est au milieu de la cinquième année d'étude, à la fin du premier semestre de master-2, en janvier ou février, que les étudiants intéressés par les métiers de l'enseignement passeront les épreuves d'un concours allégé, sans dimension professionnelle, dont la réussite sera validée avec l'obtention en juin du master.
Les heureux lauréats, qui pourront être issus de n'importe quel master seront alors affectés en septembre, sans plus de précautions, dans un établissement où ils assureront, en responsabilité, le service d'enseignement correspondant à leur statut !
Pour faire face à cette mission dont chacun connaît aujourd'hui la difficulté, ils bénéficieront des conseils d'un enseignant référent qui les accompagnera dans l'entrée dans un métier que la plupart vont découvrir ... En effet, aucune obligation de formation, théorique ou pratique, n'est évoquée dans le projet ministériel, même si la possibilité de suivre un stage devrait être offerte à ceux qui le souhaiteraient. Ils devront simplement justifier de cinq années d'études supérieures réussies avant d'entrer dans la carrière de professeur des lycées et collèges ou des écoles, ce qui devrait modifier sensiblement leur origine sociale.
Si la masterisation des enseignants est une bonne chose, le choix qui est fait de passer par cinq années de formation universitaire académique, sans élément obligatoire de formation professionnelle préalable, est lui discutable et préoccupant pour l'avenir de l'École républicaine.

mardi 10 juin 2008

Vers un lycée au service des meilleurs ...

Parmi les dernières propositions du Président de la République concernant l'éducation, deux concernent le recrutement et la formation des enseignants de lycée : la suppression programmée des IUFM et l'embauche des futurs enseignants au niveau bac +5 ...

Déjà aujourd'hui, avec un recrutement au niveau de la licence, on constate, un écart sociologique et culturel important, parfois un véritable fossé, entre les diplômés de l'université devenus enseignants, et leurs élèves, des écoles collèges et lycées. Demain, de quel milieu viendront ces enseignants dont la famille aura pu financer des études aussi longues ?

Et s'ils n'ont plus de formation professionnelle, où apprendront-ils à passer des acquis théoriques universitaires aux savoirs à transmettre aux élèves ? Comment se formeront-ils au travail en équipe ? Où sera abordée la question de l'interdisciplinarité ? Et quelle Université leur délivrera un master de « citoyenneté » ?

Ces propositions témoignent d'une vision superficielle de l'enseignement, d'une méconnaissance des défis, en particulier de la diversité des élèves. Elles assurent la suprématie de l'individualisme. Elles visent la réussite des meilleurs en négligeant les élèves les moins performants.

mercredi 23 avril 2008

Questions autour des manifestations de lycéens

Lycéens, parents et personnels se mobilisent contre les choix gouvernementaux d'une politique éducative qu'ils estiment régressive.
Mais ce sont les manifestations de lycéens qui ont la plus grande visibilité médiatique.Certains s'en réjouissent, trouvant positif que les élèves s'inquiètent pour leur avenir, qu'ils réclament un meilleur encadrement éducatif. D'autres s'inquiètent devant un mouvement qu'ils jugent plus ou moins télécommandé, suscité par quelques groupes très politisés.
Alors : la mobilisation des lycéens est-elle un mouvement authentique ou une opération artificielle, une protestation justifiée ou un prétexte à agitation ?
Et puis revient la question de la neutralité de l'espace scolaire, tel que définit par la laïcité de l'institution ... Du côté des élèves, la « mobilisation », la « prise de parole », sont-elles des moments d’affrontements idéologiques compatibles avec la laïcité ? Et du côté des enseignants, le soutien à une revendication sociale, respecte-t-il la neutralité de l'école ?

lundi 24 mars 2008

Nouveaux programme : le simplisme a frappé

Il y a une belle pétition de principe de la part du Ministre : « permettre à chaque enfant de devenir, par l'instruction, un citoyen libre et éclairé ».

Mais le projet propose de multiples renoncements et de nombreux retours en arrière. Le plus symbolique est le renoncement à deux éléments forts, l'organisation en cycles et le socle commun de connaissances et de compétences, qui ne sont signalés que de manière secondaire, comme à contre-coeur.
Les « cycles » ont introduit de la souplesse dans les apprentissages ... on reparle des « divisions » avec leur rythme annuel et leur terminologie héritée du XIXè siècle. Certes, les parents s'y reconnaîtrons mieux, mais on risque fort de perdre les acquis dynamiques de l'organisation pluri-annuelle du travail.
Être compris des parents semble la principale préoccupation, d'où le retour aux mots, aux références, au vocabulaire qui était utilisés jusqu'aux années 60 : le cas de l'enseignement de la langue est frappant, avec le retour à la grammaire de Port-Royal. Soyons rassurés : pour les plus jeunes, cela « porte presque exclusivement sur la phrase simple : la phrase complexe n’est abordée qu’en CM2 ».
Côté formation du citoyen, on ne parle plus d'éducation mais d'instruction. Les enfants devraient acquérir à 8 ans « une première compréhension des symboles de la République » : la Marseillaise (on se lève pour elle), le drapeau tricolore, le buste de Marianne, ou la devise “Liberté, Égalité, Fraternité”. Gageons que tout cela sera très formel !
Pour 11 ans, ils auront appris le respect mutuel et celui des règles collectives ; ils auront aussi appris les principes de l’égalité des filles et des garçons, de la dignité de la personne. Pas mal ... un peu d'éducation aux Droits de l'Homme serait encore mieux : connaître les Déclarations de 1789 et de 1948 serait mieux que le simple respect du drapeau tricolore !
Tout cela fleure bon la nostalgie, les années 50, le retour à des contenus et à des pratiques qui pouvaient être adaptés à leur époque, mais qui ne peuvent répondre aux besoins des enfants du XXIè siècle. Malgré les bonnes intentions et quelques points positifs, on a le sentiments que les rédacteurs confondent « primaire » et « mécanique », « élémentaire » et « utilitaire ».